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livres Luc-André REY, Palimpsestes


L'argument

Luc-André Rey ou l’anonyme heureux


« Quand je n’écris pas, j’écris… »

Luc-André Rey n’aimait pas parler de lui, ni se donner de biographie ou d’identité professionnelle… « J’aurais voulu être poète », a-t-il seulement avoué, en guise de titre d’un long et bouleversant poème – et j’ai la joie d’avoir publié ce texte dans Francopolis juste un mois avant sa disparition, pour lui dire rétroactivement : Tu l’as été, pleinement… En fait, il le savait bien, mais cela ne rendait pas son humilité moins sincère, son absence d’ambition d’être en ce monde, moins profonde : il tendait de toute son âme vers l’effacement, vers l’anéantissement du moi.
En parlant de lui-même comme d’un autre, il se présentait ainsi sur le site de la Maison de poésie d’Amay, lors de la sortie de son recueil fragment 1, en 2010 :
« Il ne vit pas l'écriture comme une fin en soi (ni rien d'autre d'ailleurs.) Il n'a pas l'ambition de "laisser une œuvre" (il n'a en fait aucune ambition). Il va les mots comme quelques équations mathématiques, comme ses pas un désert, comme ses pas nos cités ; l'ivresse où la seule chose où nous sommes vivants : ce qui est dans l'instant. »
Et un an auparavant, sur le site des Editions Maelström, pour la parution de son premier recueil, la rue, la vérité, le vent, en 2009, il enregistrait ainsi les repères de sa vie :
« Né à Lausanne le 2 janvier 1960, à Piedicroce (Corse), en octobre 2003, à Marseille le 26 février 2005, à Saint-Cergue le 17 juillet 2008, à Hyères en septembre de la même année, ne cesse de naître. Naître à ce quelque chose qui l’est monde quelques mots. Et derrière dedans ces mots ce qui nous est ce monde : ENSEMBLE. »
Ou, encore plus succinct, plus avare à révéler ses naissances intérieures, faites de rencontres, de révélations de soi et de l’autre, il notait sur le site Terre à ciel, tout en laissant ouverte la porte de sortie :
« Né le 2 janvier 1960 en Suisse, à Lausanne. Mort le….. (Vous compléterez le moment venu.) Entre ces deux instants, en vie. »
Nous voilà contraints de compléter : mort le 24 juillet 2015, seul dans une chambre d’hôtel, à Bruxelles…
Poète de rue, un passeur à travers le monde, en marge du monde, hors du monde, dedans dehors soi-même, indiscernable, anonyme, il aurait aimé publier ses textes sans les signer. Il laissait tomber les mots de ses poches, ne pensant même pas qu’ils puissent être signes de reconnaissance pour des promeneurs autres.
En glanant, avec son accord donné après moult réflexion, parmi les dizaines d’envois par email dont il se servait pour semer ses textes en terre inconnue, j’avais préparé et fait valider par lui un recueil inédit regroupant des poèmes des 5 dernières années depuis que je le connaissais : il avait été le créateur du site Poètes pour Haïti sur Internet, et l’un des tout premiers auteurs à avoir répondu à l’appel de collecte de poèmes lancé par Khal Torabully et moi-même, au bénéfice des victimes du séisme du 10 janvier 2010…
Ce recueil, intitulé Palimpsestes, devait paraître à l’automne 2015. Il m’avait donné le feu vert le 22 juin pour la version définitive à soumettre à l’éditeur, mais il ne voulait pas de la petite préface que j’avais préparée… cela le gênait : il disait qu’il fallait laisser le lecteur accéder directement aux textes, ce sont eux qui comptent, l’auteur, on s’en fout…
Son dernier texte par email, je l’ai reçu le 18 juillet 2015 ; le message s’intitulait : « enfin un bon texte ! » Connaissant son auto-exigence et son perfectionnisme sans fin, j’ai obscurément senti la portée définitive de cet « eureka » qui aurait dû me faire comprendre qu’il s’agissait peut-être pour lui du signal d’arrêt de Faust (Verweile doch, du bist so schön…) - mais j’étais très loin de deviner que le poète était à quelques jours de la fin.
Préparait-il comme une sortie de scène ? À moins qu’il n’ait eu besoin de telles absences pour se retrouver… (ce qui revient au même au fond), car il avait noté sur sa page Facebook, le 6 juillet :
« Je vais me taire un temps.
Me laisser creuser,
labourer. Me terre.
»
Pourquoi les poètes meurent-ils ? Sans doute, pas pour les raisons de tout le monde : l’humain, trop humain, s’il les touche indéniablement (et comment ! c’est une des matières premières de leur œuvre…), ne peut, ne saurait les tuer. Maladie, accident, guerre, suicide, vieillesse… foutaises ! Ils meurent pour nous permettre tout simplement de nous arrêter devant eux, et de les écouter, enfin. Ils meurent pour nous. Sinon, étourdis que nous sommes, inattentifs aux paroles vraies, pressés à nous boucher les oreilles avec le bruit du monde, avides d’événements criards et de voix factices, tiraillés par les appels du politiquement-artistiquement correct, soucieux de paraître, d’apparaître ci et là dans les soirées, dans les revues, nous ne prêterions jamais attention, jamais assez, jamais comme il le faut, aux grandes voix singulières qui nous interpellent d’au-delà du contingent.
Luc-André Rey était de ces voix-là. Un immense poète que je vous invite à découvrir. Je me sens honorée d’avoir eu sa confiance.
Et maintenant ? Je l’imagine heureux… à l’écoute du silence des étoiles, amoureux d’une comète à pulsation intermittente, content d’écouter « enfin un bon texte » où se perdre, en souriant, dans quelque souk super stellaire…
Il faut se l’imaginer heureux, tant qu’on ne l’encense pas… il détesterait cela ! Par contre, il faut lire et relire ses textes à la syntaxe biscornue et aux sens giclant d’entre les mots, alors même que, figés sur la page, ils ne peuvent, comme le poète l’aurait voulu, clignoter et palpiter de toutes leurs lettres superposées simultanément…


Dana Shishmanian, Poète, le 20 Octobre 2016

L'extrait


Un après-midi

I
si tu chopes la queue du cochon,
la manège s’arrête
garde-la précieusement,
tu sauras,
pas longtemps
comment faire cette queue tourner toutes les têtes
conseil à un petit garçon
ou une petite fille
c’est selon
jupon, ou tire-bouchons

II
les couleurs
disparues
les yeux le monde,
nus
s’agenouillent       où l’enfance
se couvre
quelques enfants
bonnets et gants de laine
boules de neige et frissons
le ciel
entre les mains

III
lorsque
lorsque lorsque
la tendresse
se recourbe
quelques traits sur la page
quelques traits
le visage

peut-être
peut-être peut-être
peut-être
entre ces traits
quelque chose
de l’aimer


Données techniques

Luc-André Rey
Palimpsestes
Poésie
Collection Ouvre-Boîtes
90 pages
Parution en Janvier 2017
15 euros
ISBN 978-2-919483-45-7
ISNN 2117-9956


Version papier : 15,00 EUR



Version numérique : 2,50 EUR
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